Profession : P.O.

Les carrières olympiques en voile dans les années 90 sont contrastées et singulières. Les études ou les formations (voire les conventions), quant elles existent, sont souvent vécues comme en marge des attentes d’une population qui revendique des professions où la voile tient encore toute sa place.

Ce travail se propose d’interroger l’entrée dans la carrière sportive de haut niveau comme un processus, socialement ancré qu’il faut mettre en relation avec des conditions sociales de possibilité : ensemble de réalités économiques, sociales et institutionnelles dans lesquelles un individu en vient à se construire et à se faire reconnaître comme un sportif d’exception.

L’aspiration à la professionnalisation est la tendance la plus remarquable. Elle est difficilement gérée par les institutions. Elle est toutefois rendue possible, dans une modalité de pratique plus médiatisée et à contre espace de l’espace de la voile de haut niveau habituellement légitimée par les instances fédérales.

La voile a ceci de particulier qu’elle regroupe sous une même appellation générique des types de pratique fort différents et étonnamment différenciés : depuis le yachting à voile au « dériveur de pauvres » qu’a été le vaurien (Charles, 2000) dans les années soixante, les modalités sont nombreuses et variées. Le sport qu’est la voile s’appuie sur cette même diversité, se nourrit des mêmes contrastes. Le mystique (et mythique) Moitessier, si l’on n’y prenait garde, régaterait contre Ted Turner[1]. Juan Carlos[2], dans une appréhension de la compétition de voile trop hâtive pourrait tirer les mêmes bords qu’un funboarder anonyme plus ou moins marginal. L’amalgame entre tous ces « voileux » est tentant, mais nous tenterons ici d’éviter le piège. La fédération française n’est seulement de voile que depuis 1974[3] et le poids culturel du yachting fait encore largement son œuvre.

C’est dans ce contexte particulier, parmi tous ces pratiquants, que nous avons choisi d’ »interroger » une population réduite, celles des élites de voile de la France des années 1990 acceptées à concourir dans le cadre des Jeux Olympiques.

Il s’agit de tenter d’interpréter, dans le prolongement de travaux et d’enquêtes sur les sportifs de haut niveau, les choix que ces athlètes sont amenés à faire, à commencer par celui d’embrasser une carrière sportive, tournée vers l’olympisme, mais également celui de mener dans un même temps le plus souvent, leur parcours sportif et leur trajectoire professionnelle.

Comment concilier les différentes vies (sociale, familiale, personnelle, scolaire, professionnelle), si l’on considère que le haut niveau, pour y accéder et s’y maintenir entraîne un projet de vie où la pratique sportive devient dominante, voire exclusive, qui met l’entraînement sportif au cœur des activités journalières et l’activité sportive au cœur de la vie sociale (de 130 à plus de 200 jours de navigation par an)?

Nous étudierons les manières toutes singulières que ces athlètes ont de gérer conjointement un parcours sportif où le Graal est la médaille d’or aux Jeux et un parcours plus commun d’accès à l’emploi, où nous le verrons, la voile, prise cette fois dans une acceptation moins étroite, prend majoritairement encore toute sa place.

Notre première démarche était de nous situer dans le prolongement de l’enquête l’INSEP « La vie après le sport »[4]. La prise en compte des travaux en sociologie du sport de l’Université de Nantes[5], ainsi que les premiers entretiens réalisés avec les athlètes nous ont en fait convaincu d’appréhender différemment la reconversion de ces sportifs.

Il n’est pas simple d’aborder ces problématiques de la vie post sportive dans le contexte si spécifique :

–           Où des athlètes peuvent passer plus de dix années en Equipe de France…

–           Où l’un d’entre eux peut représenter la France pendant plus de 20 ans (passé tout près des sélections en 1976, interdit de participer pour cause de boycott de la fédération en 1980, second des sélections en 1984, sélectionné en 1992 et 1996)…

–           Où « Buddy » Friedrichs est médaillé olympique pour les Etats Unis en 1968 à Mexico à l’âge de 68 ans…

–           Où le « mythique » Paul Elvström, 4 médailles d’or dans 4 Jeux Olympiques successifs finit encore 4° à Barcelone en Tornado en 1992 avec sa petite fille comme équipière…

Le but de cet article est d’essayer de mieux comprendre ces athlètes en interrogeant les « conditions sociales » d’une carrière de haut niveau en voile, par construction de dispositions qui permettent l’accès à un espace si particulier.

Comment se construit une carrière dans la voile olympique ? Comment se construit cette manière de penser et de vivre la voile ?

Les pistes sont nombreuses : au-delà de ces « conditions sociales de possibilité » (origine géographique, position dans l’espace des positions sociales…), il y a la nécessité d’une très longue carrière à gérer ou encore la nécessité de vivre dans un système essentiellement contrôlé par l’Etat.

Nous entendons questionner sociologiquement une réalité qui est posée et qui s’impose aujourd’hui comme socialement reconnue. Nous ferons apparaître les conditions qui rendent possible la vie de ces athlètes, en terme de formation, de sélection et de maintien dans l’espace du haut niveau français. Nous nous attacherons à appréhender, à interroger et à objectiver leurs carrières, en le refusant comme « allant de soi ».

Nous postulons enfin, que la position originale des élites de voile olympique dans l’espace des sports, dans l’espace du haut niveau, mais surtout dans un espace de la voile d’élite en évolution permanente milite pour une plus grande prise en compte de la singularité de leurs aspirations.

L’invention d’un sport de haut niveau par l’Etat

Soucieux d’accompagner les athlètes qui représentent la France dans les compétitions internationales, les services de ce qui était devenu le Ministère de la Jeunesse et des Sports dès 1966 se sont attachés à proposer des dispositifs censés permettre de gérer au mieux ces différents projets de vie. Notre engagement professionnel au sein du MS, particulièrement dans la mise en place d’offres de formation adaptées à ces profils nous oblige à évaluer de manière permanente le dispositif mis en place depuis 1994 dont les objectifs sont formulés en terme de « réussite sportive, scolaire et sociale ».

« …Il importe que le sport de haut niveau, en France s’adapte à l’évolution économique et sociale du sport…. De nouvelles dispositions réglementaires viendront renforcer le dispositif législatif existant en faveur de la formation et de l’insertion professionnelle des sportifs… » déclarait lors du Conseil des Ministres du 13 juin 2001, Marie Georges Buffet, Ministre de la Jeunesse et des Sports.

La croissance du nombre d’athlètes de haut niveau » interroge. 3730 athlètes étaient inscrits sur les listes en 1990, et 5991 l’ont été en 1999[6], soit une augmentation de 62% sur cette courte période. Si depuis 1936, l’Etat se préoccupe du sport, en participant notamment à son développement, la « débâcle française » aux Jeux de Rome en 1960 a entraîné un progressif contrôle de l’élite sportive par l’Etat qui fit alors du sport de compétition une véritable affaire publique, un enjeu national qu’il ne lui était plus possible de négliger.

Les gouvernements qui se sont succédés ont transformé progressivement le sport d’élite en une question d’intérêt général propre à légitimer l’intervention de l’Etat. Nous reviendrons sur ce contrôle pour mettre en évidence les difficultés qu’à l’Etat à maintenir cette apparente légitimité.

Ce dispositif national du sport de haut niveau a pour objectif d’aider les Equipes de France à briller lors des compétitions internationales de référence (Jeux Olympiques, championnats du Monde et championnats d’Europe)

Des logiques différentes vont s’opposer à l’intérieur du champ sportif, des conflits de logiques, sous la forme de concurrences exacerbées, de rapports de forces à expliciter :

  • –           Logique économique tendant à isoler les meilleurs sportifs dans un fonctionnement particulier avec la logique de l’amateurisme, traditionnellement propre à l’espace des sports.
  • –           Logique d’un sport spectacle, où l’incertitude est organisée et logique de l’individu où les acteurs sont en compétition avec eux-mêmes[7].
  • –           Logiques de dirigeants (fédéraux, internationaux, mais aussi d’associations de classe ou encore d’organisateurs de manifestations sportives) face aux logiques sportives des coureurs.
  • –           Logique de l’Etat avec ses intérêts propres en contradiction parfois avec la logique de l’athlète, individu doté de capacités d’agir, de penser, de se percevoir et de choisir une carrière sportive.

L’espace de la voile en France

Les modalités de pratiques sportives sont aujourd’hui différenciées et évolutives : massification, diversification, écologisation, hybridation[8] caractérisent les modalités de pratiques. La technologisation s’accroît, la pratique féminine explose et la durée du cycle de vie sportive s’allonge. Les pratiques aventureuses se développent et frisent parfois l’ordalie[9]. La médiatisation accrue de certaines activités sportives (fort limitées en nombre, et par là même d’autant plus attractives, parce que rares…) et les conséquences économiques qui en résultent laissent à penser que le milieu de la voile de haut niveau est peut-être à un moment tout particulier de son histoire. La partition classique est une ignorance réciproque polie entre les modalités aussi différentes que sont la voile légère (notamment olympique) et l’habitable. Ces deux formes de pratique pourraient être amenées à cohabiter de manière plus étroite, voire plus harmonieuse ou intéressée…

 

On se heurte d’emblée à un premier obstacle sémantique car la notion « voile » apparaît aujourd’hui dans toute sa polysémie. En effet, le sport de la voile se rapporte à un foisonnement de pratiques[10] allant de la voile légère, à la voile sur habitables (multiples bateaux de croisière ou de course) mais également à la planche à voile avec son cortège de modalités de pratique. Pour comprendre l’objet d’étude, il est nécessaire de baliser brièvement le champ de la voile en France. Le but n’est pas ici d’explorer de façon approfondie l’ensemble des disciplines  mais de situer précisément la voile olympique et ses pratiquants au sein du champ avec lesquels ils sont en rapport.

D’une manière synthétique, on peut dire que la voile de haute compétition en France s’organise autour de trois pôles principaux :

  • –           La voile olympique caractérisée par une multiplicité des supports et principalement par l’enjeu olympique,
  • –           Le match-racing orienté vers la Coupe de l’América.
  • –           La course au large avec d’un côté les courses en solitaire, très prisées par les Français telles que le Figaro et les courses courues sur les multicoques/monocoques de 60 pieds et d’un autre côté, les courses en équipages tels que la Withbread et plus récemment The Race.

Ce qui distingue les athlètes en voile olympique des autres sportifs de la voile ne tient pas uniquement aux supports et aux types de compétitions dans lesquels ils s’engagent. De nombreuses pratiques compétitives non-olympiques émergent et attirent « nos athlètes » en quête, pour certains, d’une reconnaissance financière à leur capital sportif. L’olympisme subit de nombreuses concurrences dans l’espace de la voile en France :

Concurrence médiatique par des compétitions orientées en France vers la course au large, en particulier solitaire (Avez vous déjà vu de la voile olympique à la télévision ?[11])

Les régatiers olympiques ne forment qu’une petite niche des licenciés. Quand on projette la distribution des licenciés par sexe et par catégorie par exemple, force est de constater que si l’on dresse un portrait du licencié type de la fédération française de voile, c’est assurément plutôt un homme, assez âgé. Cette deuxième caractéristique place la voile à contre-espace de l’espace des sports : dans les sports en général, les licenciés se recrutent plus massivement chez les jeunes que chez les adultes

Les olympiques sont largement dominés par la puissance financière des habitables : Assurément, la voile olympique n’est pas la pratique « légitime » en France, et ce, même dans l’espace plus réduit des pratiquants licenciés. Le schéma qui suit montre la proportion des licenciés par type de support

La nécessité économique grandissante a entraîné progressivement les clubs vers une voile-loisirs qui assure en majeure partie leur fonctionnement…La montée en puissance des licences-écoles et autres passeports voile fait état des stratégies mises en place par les dirigeants pour endiguer cette relative stagnation[12]

 Des « conditions sociales de possibilité »

Ce contexte particulier du sport de haut niveau de la voile en France étant posé, comment l’idéologie du don (au double sens de don possédé et don de soi) permet-elle de comprendre la manière dont les futurs champions sont repérés, sélectionnés et progressivement transformés à la fois physiquement dans leur corps et symboliquement dans leur identité ?

La prise en compte de la conversion des sportifs de haut niveau lors de leur accès à l’espace de compétition internationale est une condition nécessaire à la compréhension des stratégies qui sont adoptées. Le sport de haut niveau est certes une « production du biologique », conformément à la représentation commune, mais il est également une « production du social ordonnée par des usages et des rapports au corps qu’on peut soumettre aux interrogations sociologiques » comme l’ont montré les travaux du G d R Sport de Nantes.

Cette démarche d’interprétation sociologique des choix que les sportifs de haut niveau sont amenés perpétuellement à faire est un modèle proposé par Faure et Suaud en 1994[13].

Ce modèle d’analyse est conçu, puis retenu par les deux chercheurs, sociologues du sport, lorsqu’ils évoquent le concept de « vocation sportive ». Ce paradigme sociologique apparaît essentiel pour comprendre « la succession de choix (en apparence purement) individuels, à commencer par celui de s’engager dans ce type de carrière, suivi de multiples choix de l’athlète portant aussi bien sur le mode de vie, l’entraînement, la manière de gérer économiquement et socialement sa carrière sportive« . Il s’agit, pour les auteurs de transposer à l’espace du sport de compétition des schèmes théoriques élaborés pour rendre compte du processus de production sociale des vocations chez de jeunes enfants se destinant à la prêtrise[14].

Le champ religieux paraît au départ assez paradoxalement éloigné du champ sportif, ce qui rend l’approche de Faure et Suaud alléchante et surprenante.

Il s’agit d’appréhender le sport de haut niveau comme une construction sociale caractérisée par une histoire propre, une genèse, et déterminée par la place qu’occupent aujourd’hui les activités sportives dans la société.

La prise en compte de la conversion des sportifs de haut niveau lors de leur accès à l’espace de compétition internationale nous paraît être une condition nécessaire à la compréhension des stratégies qui sont adoptées notamment dans la recherche de la performance tout au long de leur carrière.

De même que pour l’accès des étudiants à l’Université[15], il est possible de parler de « chances conditionnelles » d’accès à l’espace sportif de haut niveau. Nous chercherons à vérifier, si dans l’univers particulier du champ sportif qu’est le groupe des élites de voile olympique, il existerait des chances conditionnelles d’accès à cet espace. A l’aide de tableaux, de données statistiques récupérées par questionnaires[16], d’entretiens[17] et d’articles de presse, nous avons cherché à établir l’éventail de ces chances. De multiples choix doivent être nécessairement posés chez ces athlètes :

  • –           faire du sport plutôt que de la musique ou du théâtre (ils sont parfois de brillants musiciens…)
  • –           faire de la voile plutôt qu’un autre sport (l’un d’entre eux a joué en national en rugby !)
  • –           faire de la voile olympique plutôt que de la voile non olympique (certains deviennent des stars de la voile spectacle…)
  • –           faire de la voile en compétition plutôt que de la voile loisir (l’un d’entre eux s’est retrouvé pourtant à rider les plus belles vagues en funboard quand d’autres apprécient aujourd’hui la croisière côtière en famille…)
  • –           orienter sa vie d' »homme pluriel »[18] autour du sport plutôt que les études ou la vie familiale. Ils peuvent être des maris et/ou de pères hors pairs, des ingénieurs ou des commerciaux de haut vol, des bricoleurs de génie… La liste est longue, chaque athlète étant comme tout un chacun capable du meilleur comme du pire, de tout et de son contraire.

La lente construction d’un habitus

La reconversion se pose cruellement pour certains athlètes. La conversion paraît complémentaire et voilà l’enjeu du travail : l’athlète se convertit, intègre l’idée d’une carrière sportive. La force du concept de vocation appliqué à notre objet est de faire penser l’entrée dans la carrière de haut niveau comme un processus de conversion.

L’inculcation progressive d’un projet de vie organisée autour du sport est le résultat d’un travail pédagogique subtil. Des conditions historiques, économiques ou sociales plus ou moins favorables peuvent valider ou invalider le bel ordonnancement de cette construction.

Un climat général autour des enfants, un environnement particulier, un « je ne sais quoi d’imperceptible » si on n’y prend garde, qui génère, non une obligation, mais une possibilité non négligeable, tout en étant cachée ou peu envisagée, d’intérioriser progressivement un projet de vie autour de la vocation sacerdotale, certes, mais ici d’un projet de vie autour de la voile et du « bateau ».

La vocation est envisagée, non comme une sollicitation divine (être appelé par…) ou une production du biologique (être doué pour…), mais comme une progressive inculcation : imprimer quelque chose dans l’esprit de quelqu’un sous forme de « germe », d' »appel », de « don » : devenir prêtre…ou champion, résultat d’un long travail, orchestré par la famille, mais débordant largement ce cadre étroit. Il fait l’objet d’un véritable consensus sportif dans l’environnement proche, enrichi par tout un système de croyances qu’on cherchera à expliciter et qui rendra possible le processus de conversion. Une véritable force sociale d’imposition s’installe, comme chez cet ancien planchiste, actuellement sur le « circuit mini 6.50 m », pour qui faire de la voile, « ça va de soi !  »

« J’ai toujours un peu baigné dans la Voile, … tous les week-ends, … j’ai toujours adoré çà quoi ».

 

Une origine géographique particulièrement ciblée…

« La religion était un véritable creuset dans lequel se forgeait l’unité des communautés villageoises », le parallèle est certainement osé et pourtant… l’activité sportive, autour de la voile (La Rochelle, Brest), autour du surf[19] sur le littoral atlantique (Biarritz), autour de la montagne et le ski (Chamonix) ne devient-elle pas une des alternatives à la religion déclinante pour offrir un peu de liant social? Cette révolution culturelle est suffisamment récente pour être notée : Le Mont Blanc, largement démystifié aujourd’hui, et « vaincu » par un nombre grandissant d’adeptes a très longtemps fait l’objet d’un mythe, synonyme de danger, de respect, de mort, de divin ; les vagues de l’Atlantique empêchaient le pêcheur de travailler au même titre que le vent, le courant ou les tempêtes. Une nouvelle identité littorale autour de la voile et du surf se constitue dans le refus des coutumes, bousculant les mythes qui tyrannisaient nos ascendants.

Alors que 25% des pratiquants de sports nautiques en général sont originaires de la région parisienne (FIN, 1993) et même si la distribution des départements est relativement large, (nos répondants sont nés dans 38 départements différents), 75% d’entre eux ont passé leur enfance dans un département littoral.

Les départements bordant l’Atlantique sont majoritaires avec les 4 pôles d’influence et d’excellence que sont Bordeaux, Nantes, La Rochelle et Brest.

 

Un climat familial incitatif

53% de ces athlètes ont commencé la voile en famille, le pourcentage grimpe à 66% quand les sélectionnés olympiques sont isolés. Dans l’enquête menée par la FIN[20], 20% des personnes sondées seulement déclaraient avoir été initié à la voile par leur famille.

L’extrait suivant, proche de l’image d’Epinal que l’on se fait du pratiquant de voile, montre à quel point les pratiques de voile de la famille élargie (la voile étant prise ici au sens le plus large, non restrictive) semblent faciliter l’accès, sinon à un haut niveau en voile, mais pour le moins à une approche harmonieuse et réussie d’une activité sportive très complexe à aborder, notamment au plus jeune âge. L’athlète interrogé, ex-sélectionné aux Jeux Olympiques poursuit une brillante carrière en course au large actuellement.

« Mon grand-père a navigué beaucoup il avait un bateau en fait sur Camaret et puis il a toujours été… j’allais souvent passer mes vacances, mes week-ends, mes vacances à Camaret, donc j’allais souvent sur le port, tout çà, et mon grand-père en fait avait un atelier de mécanique sur le port, donc… et puis, il avait un bateau, il allait souvent pêcher les maquereaux tout çà avec son bateau, donc… j’ai été… et mes oncles mes oncles, ils ont quasiment tous un bateau à Camaret aussi, ils sont propriétaires des bateaux et tout çà, des vieux gréements, donc des bateaux en bois et tout çà, mais c’est vrai que de ce côté-là, c’est sûr que ça fait quelque chose quoi, Tout petit j’avais l’habitude d’aller passer ces journées en mer, et puis ma mère pareil aussi naviguait avec… avec son père, en fait, c’était son père… De ce côté-là, ma mère naviguait pas mal aussi. »

On retrouve cette imprégnation précoce chez cet ancien athlète en catamaran, actuellement skipper d’un grand multicoque…

« Dès l’enfance, j’ai passé mes vacances à Houat, je me souviens très bien de l’arrivée en direct de Tabarly à Newport, j’avais alors un Simoun 4.85m et, à onze ans, je naviguais en solitaire sous la surveillance de mon grand-père : interdiction de passer les pointes de la Grande plage ! J’allais faire le tour de l’Er Yoch en m’inventant des transats. J’étais Tabarly, les autres revenaient sur moi, j’étais dans la brume…tout un film ! … »

 

74% pouvaient utiliser un bateau ou une planche appartenant à leur entourage proche.  « C’est mon père qui m’a acheté un bateau. Mes parents ont aussi un bateau, depuis très longtemps »  nous confiait cet ancien planchiste, actuellement figariste de 27 ans. 95% des athlètes ont commencé la voile avant 15 ans, dont près de 10% avant 5 ans.

 

Un double décalage : la position dans l’espace des positions sociales et la position dans l’espace des sports de haut niveau

Si la pratique sportive s’est élargie au fil des années, certains clivages sociaux restent déterminants. La proportion de sportifs est ainsi proportionnelle au niveau d’instruction et des revenus. La distinction entre les catégories sociales est particulièrement nette pour les sports à forte image sociale, comme la voile, le golf et l’équitation, qui sont souvent coûteux et se pratiquent dans des clubs dont l’accès n’est pas toujours aisé… Le sport représente un moyen de valorisation sociale, un attribut de standing individuel. Même lorsque les contraintes matérielles ont disparu, les contraintes culturelles demeurent[21].

Pour Faure et Suaud (1999), « les chances inégales d’accès au sport d’élite résultent moins de pratiques d’exclusion directe que des mécanismes d’auto élimination plus subtils et plus efficaces, au nom de valeurs sociales et culturelles » avec deux modèles qui cohabiteraient, l’un plus sensible aux valeurs anglosaxones de la réalisation de soi par la compétition qui serait davantage intériorisé par les classes supérieures, et un autre plus attaché à mettre le sport au service de valeurs éducatives et morales qui a trouvé un écho particulier auprès des classes moyennes.

La voile olympique pourrait être à l’interface entre ces deux modèles, en décalage ici avec les représentations communes qui présenteraient les pratiquants de voile comme nécessairement dotés de capital économique important ; le capital culturel, voire sportif vient, pour la voile olympique, prendre une place encore plus significative.

44% des pères des garçons olympiques et 18,4% de leurs mères ont un diplôme de niveau 1 quand 55,6% des pères des filles olympiques et 53,3% de leurs mères ont un diplôme de niveau 1. Il y a peu de filles, mais l’accès au haut niveau pour elles est conditionné par un capital scolaire encore plus fort que chez les garçons.. Les diplômes des pères et des mères semblent être un élément important, voire déclenchant dans le choix du sport de la voile pour leurs enfants.

Alors que les hommes ne représentent que 48% de la population sportive[22] des plus de 15 ans, ils forment 56% de l’effectif des pratiquants de sport. A l’inverse, les femmes (52% de la population) ne comptent que pour 44%  dans l’ensemble des usagers du sport. Les pères de nos athlètes sont largement plus sportifs (81% pour 56%), les mères le sont à un degré moindre.

Dans les différentes enquêtes en notre possession sur la pratique sportive, la voile, dans ses versions compétitive et de loisir est le plus souvent absente. Sur les 36 millions de français déclarant en juillet 2000[23] avoir fait du sport plus ou moins régulièrement, seuls 886 000 citaient la voile, c’est à dire moins de 3%, dont 25% de femmes.

La famille semble également avoir une incidence largement positive sur la qualité des résultats. Dans la population d’athlètes estimant que la famille (somme des modalités : père, mère, parents et famille) avait été le facteur le plus influent, plus de la moitié a participé aux Jeux Olympiques.

Le volley-ball (59%) et l’aviron (57%) sont les seuls sports qui recrutent leurs élites plus massivement que la voile olympique (55%) chez les enfants dont les pères occupent des professions dites supérieures. Mais le décalage le plus marquant, c’est la quasi-inexistence de filles et fils d’ouvriers (0,8%) et d’employés (6,1%) dans notre population[24].

L’intégration dans un espace d’inter connaissances

La voile de compétition a ceci de particulier qu’elle génère un système d’échanges obligés[25] qui nécessitent de se construire un capital de relations important.

Ces moments partagés, forts de normes, de repères ou même de vocabulaires spécifiques, opératifs[26] et non partageables par le profane, écrivent et constituent une mémoire collective[27] qui fonde à terme un socle commun sur lequel s’édifie le groupe. Les cadres sociaux (langage, temps, espace) changent de signification dans la mémoire collective. La communication s’installe, accessible uniquement aux membres du groupe : « la bootherie prolonge parfois le jibe set !  » Ces codes partagés ne prennent du sens que pour le groupe, ce qui permet sa constitution et en bâtit sa force.

Ce « milieu voile » des anciens de la P.O.[28] génère un vaste système d’échanges, un groupe de pairs unis par une mémoire collective. Pour notre enquête, ce réseau d’inter connaissances s’est vite révélé particulièrement efficace pour retrouver la trace de telle ou tel, inscrite ou inscrit sur nos listes, mais introuvables par les circuits classiques. Les relations qui les unissent sont des plus diverses. Elles sont familiales (frère de, fils de…), scolaire ou universitaire (INSA, STAPS, ESCP…), de travail comme à la voilerie de l’ENV. Ils font partie des mêmes clubs (SNO Nantes, SR La Rochelle…), habite les mêmes régions (autour de Vannes, de La Rochelle ou de Paris…) et se retrouvent encore et toujours sur des regroupements ponctuels hors olympiques (Admiral’s Cup, circuit ORMA et IMOCA, America’s Cup…) où ils sont fort appréciés.

La capacité majeure est d’incorporer du savoir sous la forme d’un schéma pouvant être réactivé par la suite comme chez cet actuel professeur d’EPS, organisant au mieux son temps, notamment dans son investissement pour le Tour de France à la voile en utilisant les propriétés du réseau, comme espace inter connaissances et de compétences partagées.

« Nous avons un équipage très complet avec des spécialistes du match-racing, de la voile olympique et des courses au large. Personnellement, j’ai la même culture que Paul[29]. Je n’ai jamais navigué avec lui, mais nous nous sommes vite aperçus que nous avions la même manière de fonctionner. »

Les équipages se font et se défont. Seuls 12.5% déclarent n’avoir pas couru sur d’autres bateaux que leur « canote » de prédilection : les supports changent et les athlètes changent de support. Le choix de poursuivre ou de ne pas poursuivre une carrière n’est pas exclusivement un choix personnel de l’athlète. D’autres facteurs plus exogènes interviennent. L’ISAF[30] change périodiquement les supports olympiques. Des options fédérales peuvent vous exclure ou vous inclure des programmes. Engager une P.O. n’est pas du ressort exclusif de l’athlète, c’est quasi nécessairement se placer sous la tutelle fédérale avec ses exigences. Choisir l’espace, mais aussi être choisi par l’espace, telle est la double contrainte.

La fédération ne vous suit pas forcément ou ne vous suit plus comme pour cette ancienne planchiste de 26 ans, « virée » de la PO[31].

« Après la sélection des Jeux de 96 que j’avais complètement raté, j’avais demandé un petit peu un break parce que je voulais … donc faire … faire le Brevet d’Etat que je pensais assez important. Enfin, que je voulais faire de toute façon, je voulais le faire. Je voulais aussi finir mes études à l’INSEP. Donc c’est vrai que … j’avais … demandé un break. Et c’est vrai que ça s’est un petit peu prolongé, quand j’ai recommencé j’étais … très très moyenne au niveau résultat sportif, mais c’était un petit peu prévisible parce que je m’étais pas entraîné. Et ce qui avait dû être … ce qu’on avait décidé au départ, … de dire que bon, ça ne serait pas terrible la première année, mais qu’après je m’y remettrais plus … je me remettrais à fond, … n’a pas pu être possible, parce que les entraîneurs ne m’ont pas laissé cette chance »

Mais à l’inverse, comment arrêter une carrière olympique quand le Ministère des Sports vous accorde des facilités pour la poursuivre ? Difficile en effet de stopper quand le ministère renouvelle un détachement…comme pour cet ancien athlète en dériveur, enchaînant sur le quillard.

« C’était à brûle pourpoint sur un parking… ben en fait, il me demandait si j’étais intéressé pour recommencer une préparation olympique pour les Jeux d’Athènes, moi, je lui ai dit oui, mais par contre, c’est complètement incompatible avec un emploi à temps plein…

Là, j’ai trouvé un truc que je maîtrise à peu près, et en plus on me donne les moyens de le faire ! C’est pas le bonheur, çà ? »

 

Un projet de vie à l’intérieur d’un espace : la passion contre la raison

Envers et contre tout : la conversion mène parfois à la fixation ; les athlètes l’ont tant incorporé qu’ils se sentent comme pris au piège de l’olympisme. La passion (extraordinaire) a remplacé la raison (plus ordinaire ?). Pour rencontrer ces athlètes, il faut entrer avec eux dans un monde où les repères sont spécifiques, où les attentes sont si particulières comme chez cet athlète en catamaran de 31 ans, recalé deux fois de suite en deuxième position des sélections.

« Raté les jeux, je ne veux pas louper quoi, tu vois, je… je veux faire mon truc, finir ce truc là. Quand j’aurai fini ce truc là, je passerai à autre chose. Je n’aime pas les choses qui ne sont pas finies. J’ai l’impression de ne pas avoir fini mon truc. »

 

Un rapport particulier au temps

Quand de nombreux athlètes songent à leur retraite sportive (certaines petites gymnastes ou nageuses notamment), une proportion non négligeable de « voileux » commencent la leur.

L’engagement des familles à ce niveau est essentiel pour permettre à des enfants de participer aux compétitions de voile. L’organisation des régates est telle que très vite, sans réelle considération de niveau sportif, les athlètes peuvent être amenés à courir à un niveau national.

Plus de 40% de ceux qui ont estimé avoir eu des difficultés pour mener de front leur parcours sportif et leur trajectoire professionnelle ou leurs études considèrent que le temps à consacrer à leur sport était le principal écueil. Le paradoxe c’est qu' »être athlète de haut niveau, finalement, c’est quand même un travail à temps plein, à l’époque pour moi, c’était quasiment un boulot à temps plein… je dirais qu’aujourd’hui, c’est pire encore »…quand « une carrière olympique… aujourd’hui… nourrit bien peu son homme[32]« .

Les choix sont de plus en plus difficiles entre un parcours sportif aussi peu rémunérateur, une carrière professionnelle, et une vie familiale à construire et à gérer.

Il faut vivre…malgré l’échéance olympique : autant vivre avec… Les solutions ne sont pas nombreuses, et le plus souvent liées à l’aval du Ministère et de la fédération. La représentation olympique est ici une réelle affaire d’Etat. La condition des compétiteurs dans l’organisation actuelle du sport en France ne peut qu’être liée à un investissement fort de l’Etat sur eux. La réussite en voile olympique suppose que soit abordée la question du temps, temps passé à courir, temps passé à assurer sa subsistance. La réussite est à ce prix.

Un sport à maturité tardive

Plus de 20 ans en Equipe de France…: c’est possible.. On ne s’improvise pas olympique : 50% des athlètes ayant participé aux Jeux olympiques sont restés plus de dix ans en Equipe de France.

La complexité de la performance suppose des savoirs pluriels qui ne paraissent être accessibles que par l’expérience. Mais, consacrer plus de dix années à un choix de vie orienté par une performance olympique ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes.

Sur les supports actuels, tous les médaillés français avaient soit des cursus d’étudiants STAPS, soit des fonctions de professeurs (PEPS ou PS), soit les deux. Il est étonnant qu’aucune réflexion fondamentale n’ait été menée à ce sujet : si cette filière est aussi royale que les chiffres le laissent apparaître, pourquoi alors ne pas la mettre en œuvre de façon plus rationnelle ?

 

Une Organisation de vie où le sport devient l’activité identitaire

Etre « haut niveau » vous immerge dans un autre monde, un monde décalé, un monde où l’extraordinaire devient votre ordinaire et qui exige de ses postulants qu’ils adoptent l’acquisition de dispositions toutes particulières. Votre vie s’organise autour d’une activité identitaire : la voile.

Des trajectoires professionnelles contrastées

Le sport est omniprésent dans les études. Ils sont étudiants à 61%, et parmi eux 44,2% sont en STAPS ou en sciences pour 31,4%, dans les formations qui visent un diplôme sportif à 52,2%, mais aussi dans les professions déjà exercées. En effet, là encore, le sport est présent à 40% sous différentes formes : professeur (d’EPS ou de sport) ou conseiller technique pour 26,3%, moniteur ou entraîneur à 11%.

Voile de haut niveau et scolarité

La poursuite d’études ne paraît pas toujours incompatible avec un brillant parcours sportif. En comparaison avec d’autres sports, la voile permet des coupures, même de longue durée. Math Sup, Math Spé, Ecoles de commerce, Véto… la liste des études prestigieuses est longue. Les solutions trouvées sont alors des mises en sommeil relatives et ponctuelles de la carrière sportive pour régir au mieux un passage professionnel délicat ou de mener à bien un cursus obligé dans les études, comme pour cet athlète en dériveur, cherchant à réintégrer une PO sur la demande de l’entraîneur national de la série.

« Pendant Math Sup-Math Spé, c’est simple, je naviguais pas (régates d’été mises à part…)… tu n’as pas trop le choix, en fait, hein! . Enfin, ça prend énormément de temps … Donc … Même les week-ends, c’est quasiment impossible, tu as plein de trucs à faire. »

Quand on lui demande si le fait de couper est irrémédiable et s’il est possible de revenir malgré tout, il ajoute tout de même…

« La preuve que non…Ce n’est pas impossible, mais bon… »

La dernière phrase est ponctuée d’un grand silence…signe vraisemblable d’un retour accéléré sur un cheminement difficile. Les exemples montrent qu’un brillant parcours scolaire est possible, mais dans des circonstances et chez des individus largement exceptionnels.

Meilleure utilisation du temps, optimisation : on rejoint ici Joël De Rosnay, [33] dans ses clés de l’efficacité pour mieux gérer son temps. Les exigences scolaires paraissent assez conformes avec celles nécessaires à la performance en voile. En d’autres termes, les dispositions acquises pour ne pas s’y perdre dans une scolarité classique ne sont pas incompatibles avec la réalisation de performances en voile comme chez cet ancien planchiste

« J’ai réellement commencé le bateau quand j’étais en Licence. Et là, Licence … Le DEUG, je l’ai passé normalement comme un étudiant normal. Et finalement, en Licence, c’est là où j’ai commencé à partir à droite, à gauche à fond. J’étais carrément plus présent et finalement la Licence, j’ai terminé … deuxième de la Licence. Donc j’ai j’ai j’aurais été présent en cours, j’aurais fait 70ième quoi comme en DEUG. Et là, le fait de ne pas avoir été présent, ben, je ne sais pas, j’ai compensé. Je me suis dit: Putain, ça craint, je suis obligé de bosser. »

Près de 80% des postulants du centre labellisé d’entraînement de l’Ecole Nationale de Voile en juin 2001 étaient inscrits dans les sections « S » de leur établissement scolaire. La relative excellence de ces athlètes n’est toutefois pas toujours aussi rose. Dans un entretien, l’un d’entre eux nous confiait que sa réussite dans l’activité voile lui avait certainement évité la délinquance qu’avait connu ses copains de Marseille. Mais dans la plupart des cas relevés, la pratique compétitive de la voile était une motivation supplémentaire pour « s’accrocher » au niveau scolaire.

Une population marginale : ceux qui sortent du milieu

Les voileux ne sont pas condamnés à rester dans la voile. Ce sont ceux dont le capital scolaire est le plus fort qui s’en éloigne le plus. Le milieu voile ne paraît pas actuellement capable de retenir les plus diplômés. Toutefois, la coupure doit être difficile quand on voit le nombre de hauts diplômés rester dans la voile sportive par le biais de séries, moins coûteuses en temps, mais qui permettent de rester dans un espace si conforme à leurs dispositions qu’il est difficile de le quitter complètement.

L’émergence de nouvelles professions

Plus de 23% ne savent pas la profession qu’ils souhaiteraient exercer et plus de 15% répondent « autre » à la question portant sur la profession qu’ils envisagent d’exercer dans une liste comportant pourtant une douzaine d’items.

Agent de coureur, Project manager, Team manager, Equipier, Equipier-technicien, Skipper… dans tous ces nouveaux métiers, le professionnalisme associé est sinon revendiqué, mais au moins proclamé. Dans un sport réputé amateur, c’est nouveau. Il serait intéressant d’interroger les mécanismes sociaux par lesquels s’effectue le passage de l’amateurisme au professionnalisme, d’étudier la manière dont se construit le professionnalisme en voile aujourd’hui. L’olympisme est bien loin, mais la voile de haut niveau ne peut guère vivre en se démarquant de cette tendance au professionnalisme.

Dans un contexte de spectacularisation de la voile sportive, en marge de la voile olympique, mais pouvant s’appuyer sur elle, la mise en évidence des spécificités sociales et éthiques des sports pratiqués par les amateurs doit être mise en correspondance avec celles de ces nouveaux professionnels.

La voile comme passerelle d’accès à l’emploi

Il est difficile de ne pas mentionner ici l’influence de l’espace de la voile dans la carrière professionnelle. De nombreux exemples font état d’insertion dans la vie professionnelle par l’intermédiaire de connaissances constituées à l’intérieur de l’espace de la voile, comme cet ancien planchiste, qui a connu des moments difficiles après la PO, et qui, par l’intermédiaire de partenaires ou de relations tente aujourd’hui d’entamer une carrière professionnelle dans un tout autre champ que celui pour lequel il a poursuivi des études[34]. Il ne perd pas l’espoir de poursuivre en course au large.

« … C’est le président du Yacht Club … c’était le président du Yacht Club de Dinard, jusqu’au mois d’octobre. Et moi, je l’ai connu … pendant le Tour de France à la Voile, cet Eté, parce que j’ai couru … c’est moi qui  étais skipper … Dinard Armorique sur le Tour de France. Et … je l’ai connu comme çà parce que c’était lui le Président du club de Dinard et c’était lui un des principaux partenaires du truc quoi. Donc … complètement, c’est par relation et c’est grâce à … enfin, c’est grâce à … à mon haut niveau en Voile que j’ai ce boulot-là aujourd’hui, çà, c’est clair. »

Une professionnalisation en émergence

D’un support à l’autre, la différence de perception du statut de l’athlète est différente. La population est loin d’être homogène entre les séries olympiques quand il s’agit de se considérer en tant qu’amateur, professionnel ou semi-professionnel. La série la plus récente, par exemple, le 49er, ne se sent pas le moins du monde amateur et les Tornadistes, les Finnistes et les gens du Soling se sentent majoritairement professionnels. La plus belle réponse, car paradoxale et pleine d’ambiguïté est toutefois celle d’un ancien barreur de Soling dont le plus grand regret est de ne pas avoir été professionnel et la plus grande satisfaction d’avoir pu rester amateur toute sa carrière sportive.

« Une carrière olympique, ce n’est pas une vraie carrière professionnelle… la voile olympique aujourd’hui nourrit peu son homme.

En tant qu’entraîneur, mon rôle, c’est de mettre en garde mes athlètes, et en tout cas les mettre en garde, ne pas les inciter à sacrifier une carrière ou quoi que ce soit pour un objectif sportif qui ne va pas leur permettre de vivre financièrement. »

Les cartes changent, les opportunités existent et les sollicitations sont nombreuses pour les meilleurs. La concurrence de la voile spectacle vient offrir une alternative (une complémentarité ? ) à cette quête de médailles dans la confidentialité, dans l’amateurisme. L’aviron rencontre des problèmes similaires, et « les bleus sont fatigués de ramer pour ramer »[35]. Le professionnalisme passe en effet par la médiatisation et certains sports ne peuvent que difficilement y accéder. « Ce n’est pas de mon ressort d’imaginer comme faire vivre certains sports… les politiques ou les dirigeants doivent se pencher là dessus de façon sérieuse » déclare un ancien athlète en dériveur, « historiquement; la fédération était une fédération de yachting à voile, c’est à dire un rassemblement de notables pour qui l’argent et la médiatisation étaient vraisemblablement des objectifs plutôt impurs… ». La double facette médiatique-non médiatique n’est pas ici à l’avantage de la voile olympique, qui se révèle le parent pauvre de la voile; sa face « dépensière ». Banque Populaire et Bouygues Télécom sont aujourd’hui les principaux sponsors de la fédération. Leur investissement en voile olympique traduit une volonté d’utilisation de la voile, qui a très bonne presse actuellement en image de courage, d’aventure, de fair play ou tout simplement de sport propre. Cette présence dans la voile de l’ombre prolonge des actions plus médiatisées sur d’autres modalités plus en phase avec l’actualité sportive médiatique comme l’ORMA pour Banque Pop’ et l’America’s Cup pour le 6° Sens de Bouygues.

Progressivement, et c’est la grande tendance des dernières années, les athlètes sont à temps plein dans leur activité, cette donnée fondamentale transparaît dans tous les entretiens. Le degré d’exigence est tel que pour avoir une chance de bien figurer sur les supports olympiques, l’engagement total dans le sport est nécessaire ; c’était le cas pour tous les sélectionnés français à Sidney : pour autant est-ce du professionnalisme ?

Se pose ici le problème posé par Pierre Bourdieu[36] (1998), c’est à dire celui des relations entre l’Etat, l’économie et le sport. : pouvoir bénéficier des avantages de l’initiative privée pour les bénéfices, les salaires élevés, tout en restant sous la bienveillante protection de l’Etat. Des signes intéressants rendent compte actuellement d’une transformation progressive du champ de la voile sportive d’élite :

–           Des situations concrètes d’athlètes qui se consacrent exclusivement à la pratique de la voile malgré un statut social peu affirmé, voire dans certains cas, fort précaires.

–           Des conditions sociales et économiques, qui permettent à des athlètes aujourd’hui d’envisager une carrière dans la voile de compétition. Des sportifs parviennent aujourd’hui à vivre de la voile de compétition, ce qui entraîne des passages ou pour le moins des incursions de la voile olympique vers des modalités de pratique de voile plus rémunératrices.

–           Des enjeux nouveaux, de nouveaux acteurs apparaissent dans cet espace avec de nouveaux rapports de force qui s’instaurent.

–           Des coureurs recherchent une forme d’organisation pour la reconnaissance par les instances (marchandes, fédérales et ministérielles) d’un statut de professionnels de voile et veulent sortir du vide juridique et social qui les entoure actuellement.

L’intérêt accordé à d’autres formes de pratique est donc primordial car cet univers en construction fait aujourd’hui partie des stratégies des athlètes olympiques pour devenir professionnel. Dans les entretiens, de nombreux athlètes nous ont dit l’impossibilité actuelle d’être professionnel en restant olympique. Pour cet ancien athlète en dériveur, « aujourd’hui, on a des coureurs qui sont pratiquement professionnels, qui gagnent leur vie, qui sont médiatisés, qui ont de très beaux bateaux de par le système et une filière olympique qui est du très haut niveau et dans laquelle, il n’y a pas moyen de gagner sa vie. En fait, en olympique, il y a quand même très peu de cas où tu gagnes de l’argent, alors qu’en Habitable, si tu cours sur les gros projets, style Coupe de l’América, et en Match Racing, tu as aussi de temps en temps des prix en dollars qui sont distribués ».

Le problème n’est pas seulement français. L’Anglais Ben Aislie, dernier champion olympique en Laser a tenté de laissé tomber l’olympisme[37] pour un poste de tacticien chez un syndicat préparant la prochaine Coupe de l’América avec un contrat conséquent.

L’argent est un élément déterminant dans toute démarche de professionnalisation. Alors que 30,3 % des athlètes sont satisfaits des aides accordées aux athlètes, plus de la moitié (50,8%) estiment que les soutiens financiers sont insuffisants. Ils souhaitent être rétribués du temps consacré à la seule pratique sportive, ce qui ne peut être le cas actuellement, même si le système précédent avait mis en place un minimum vital, cherchant à compenser ce manque à gagner. Les gains tirés par la pratique sont au cœur des préoccupations des sportifs et, aujourd’hui, les domaines de la course au large et de l’América’s Cup semblent être les seuls qui soient porteurs d’enjeux économiques très forts. L’intérêt pour la course au large semble être, en effet, principalement économique. Interrogé sur ses préférences en matière de support, un ancien athlète sur dériveurs, aujourd’hui navigateur professionnel, confie qu’il ne préfère pas plus l’un que l’autre, « j’aime les deux » dit-il, et ajoute « mais, d’un côté pour en vivre, c’est sûr que tu vis plus du Solitaire et de la Course au Large que de la préparation olympique ». La conversion financière est faite, mais la légitimité sportive de l’olympisme demeure. Leurs réticences sont souvent de cet ordre : la passion pour l’olympisme (type de pratique qui, pour la plupart, a permis la conversion) contre la raison de la voile médiatique ?

D’un côté l’olympisme est perçu comme une discipline moins prestigieuse (car peu médiatisée et qui rétribue très faiblement les athlètes)[38] et, d’un autre côté, les Jeux Olympiques demeurent, pour les athlètes issus de cette filière, l’une des compétitions les plus représentatives de l’excellence sportive.

Aujourd’hui si les athlètes issus de l’olympisme qui gèrent actuellement une carrière professionnelle dans la voile sportive représente une minorité, ce qui ressort nettement des résultats de l’enquête statistique, c’est le nombre d’athlètes de plus en plus élevé à espérer se maintenir en activité dans leur sport pour plus de 31,3% quand on isole les inscrits de 1997[39]. Ces données relatives aux projets de carrières invitent à se pencher sur cette poignée de sportifs car ils nous informent sur la logique de fonctionnement actuel.

Une voile spectacle concurrente de la voile olympique

Le désir de professionnalisme rencontre la nécessité de l’être. L’obstacle dans un tel contexte, c’est qu’en France le problème devient un enjeu ou/et un choix politique. En effet, qui d’autre que l’Etat (ou les collectivités territoriales depuis quelques années) peut prendre à sa charge les dépenses générées par de telles carrières (de l’ordre de 230000 € pour une PO complète) ? La médiatisation autour de la voile olympique est inexistante en France, les financements sont donc très faibles, et ce, d’autant plus que nos télévisions « cocardières et chauvines » n’ont pas eu de médailles à se mettre sous la dent depuis Barcelone en 1992.

L’opportunité d’une double carrière semble par contre se dessiner. Le choix n’est peut-être plus entre la voile olympique ou la voile spectacle, mais bien voile olympique et voile spectacle. De nombreuses voix s’entremêlent pour en appeler à la cohabitation; les athlètes eux-mêmes, qui ont rapidement compris ce qu’ils avaient à y gagner, les entraîneurs qui ne peuvent retenir leurs athlètes plus longtemps, les dirigeants qui voient devant eux s’ouvrir de nouveaux horizons.

  • –           L’Etat pourra-t-il cautionner longtemps ces mariages contre-nature ?
  • –           Peut-on imaginer que les sponsors puissent continuer à prendre en charge les coureurs olympiques pour représenter la France aux Jeux ?
  • –           Les coureurs seront-ils amenés à financer leur préparation olympique par une participation rendue vitale aux épreuves de voile plus médiatisée ?

Une carrière sportive à construire, la carrière à vie dans la voile…

Il est fondamental de saisir que le sport de la voile s’est depuis longtemps professionnalisé… Paul Elvström, déjà était professionnel parce qu’en dehors des compétitions, il travaillait dans le milieu de la voile. Il n’était pas payé en tant que navigateur, mais par les innovations qu’il a réalisées commercialisées. La professionnalisation se poursuit parce que de plus en plus de concurrents investissent du temps dans leur préparation pour essayer de remporter un titre olympique. Ils sont professionnels, même s’ils ne gagnent pas ce que gagne un footballeur professionnel.[40]« . Il n’y a pas de frontière nette entre l’amateur éclairé et le professionnel, surtout dans le sens élargi qui est utilisé par ce journal.

Un projet de vie autour du sport…une carrière à vie dans le sport : rester dans le sport, tel est l’objectif qui se transformera, nous le verrons en un objectif plus subtil celui-là : rester dans la voile ! « J’aimerais rester dans la voile » se substitue progressivement, mais radicalement au « je veux être prof de gym » de l’enfance.

Une des hypothèses que nous formulons, c’est que l’orientation marquée vers des carrières sportives cache des aspirations plus profondes.

« … Je suis prof de sport, parce que … à un moment donné, ça … ça me permettait d’être fonctionnaire et d’avoir une situation régulière. En fait, … Non, au départ, j’ai fait le STAPS quoi. Parce que l’idée au départ, c’était d’être Prof de Gym, Prof d’EPS. J’aurais voulu … l’idée de base quoi. J’ai toujours été orienté autour de çà. Quand j’étais gamin, … adolescent, etc. Donc, bon, j’ai fait le STAPS, parce que j’avais envie et puis, après au STAPS, l’EPS, ça ne me branchait plus du tout. »

Si le problème se pose en terme de métier, il se pose d’autant plus en terme d’études. Les études STAPS comme études privilégiées permettant de rester dans le sport sont souvent une illusion. La motivation pour ce type de carrière est inexistante comme pour cet ancien planchiste qui s’est retrouvé en UFR STAPS comme beaucoup d’athlètes de sa génération.

« …parce que les études en STAPS ne m’intéressait plus quoi. Ca me… ça ne me branchait pas. Je ne voyais pas mon avenir là-dedans et donc je voulais vraiment repartir sur autre chose. Je voulais absolument … faire de la … enfin, faire de la voile à haut niveau, c’était vraiment mon objectif quoi. Quand on a 17 ans, c’est vrai qu’on ne réfléchit pas à demain ou à quoique ce soit quoi. Tu te dis: « Allez, tant pis, je vais faire STAPS. C’était vraiment … C’était des études qui … c’était des études qui permettaient de continuer quoi, à faire de la voile à haut niveau quoi… »

Plus grave encore, l’absence de suivi en terme d’orientation est encore plus gênante pour ces profils très particuliers, comme cette planchiste, qui n’a perçu que bien plus tard les orientations possibles qui pouvaient lui être offertes

« … la Fac de Sciences Eco, j’avais beaucoup de mal à finir. … J’ai par hasard eu l’opportunité de rencontrer quelqu’un qui m’a parlé de du Management du Sport. Parce que moi je ne voulais pas faire STAPS, ça ne m’intéressait pas. Je ne voulais pas faire d’entraînement. Donc quand on n’a pas envie de faire de l’entraînement, on ne nous propose pas grand-chose. Moi, ce que je voulais c’était faire plus de l’organisationnel, l’évènementiel, organisation … dans le sport, soit dans le milieu associatif, fédération…donc, je voulais plus … je ne voulais pas du tout … suivre la voie toute tracée de l’athlète … »

L’olympisme comme ticket d’entrée dans une modalité plus marchande ?

La liste est longue parmi les cinq cents solitaires qui ont déjà traversé l’Atlantique sur un « Mini », d’avoir utilisé cette épreuve comme tremplin vers le Figaro, le Vendée Globe ou la Transat anglaise. Daniel Gilard, Jean-Luc van Den Heede, Bruno Peyron, Philippe Harlé, Lionel Péan, Loïck Peyron, Yves Parlier, Gilles Chiorri, Laurent Bourgnon, Isabelle Autissier, Philippe Vicariot, Marc Guillemot, Lionel Lemonchois, Damien Grimont, Patrice Carpentier, Thierry Dubois, Catherine Chabaud, Yvan Bourgnon ou encore Sébastien Magne en faisaient partie. Bizarrement, aucun champion de l’olympisme n’est présent ; ils sont pourtant l’objet aujourd’hui de toutes les sollicitudes. Un nouveau regard semble être porté sur eux, les faisant partenaires privilégiés ou encore destinataire logique d’un projet de sponsor.

« Notre dispositif est capable d’assurer un renouvellement assez rapide de l’élite, mais pas en mesure d’en faire des gagneurs. Il faut pouvoir garder nos champions plus longtemps face à une demande d’ouverture qui semble générale chez les sportifs olympiques français qui ne rêvent que d’une chose : délaisser leur obsédante discipline olympique pour rejoindre les formes plus gratifiantes qu’il s’agisse du Tour de France à la voile, du circuit des multicoques océaniques ou de la Coupe de l’América »: déclarait Jean Pierre Salou après Sidney[41]. Cette orientation est récente. Elle fait regretter à cet athlète aujourd’hui cadre technique d’être arrivé trop tôt dans un monde pas suffisamment mûr…

« J’aurais à choisir entre une carrière olympique que j’ai faite et une carrière de coureur professionnel, moi personnellement, dans les conditions actuelles, il est vraisemblable que j’irais vers la voile professionnelle. On n’est pas obligé d’être masochiste quand même. »

L’alternative est claire quand le choix vous est proposé. Si des mesures rapides ne sont pas prises, la voile olympique a tout à perdre d’une éventuelle confrontation avec la voile spectacle. Le salut sera peut-être de considérer la voile olympique comme une propédeutique à la voile spectacle. Attirés par les sirènes de la médiatisation, de la finance et de la technologie, les olympiques ne vont-ils pas se détourner de la voile olympique présentée ici comme la facette ascétique d’une voile plus attrayante par ailleurs ? Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette nouvelle population migrante. La Route du Rhum 2002 pourrait voir deux Tornadistes olympiques récents (Sidney et Atlanta) s’affronter sur leurs multicoques interposés. On ne compte plus les olympiques qui font des « piges » dans le challenge ORMA des Multicoques, les Figaristes eux-aussi comptent dans leur rang d’anciens planchistes, d’anciens quatre-sept ou encore d’anciens du Soling… l’époque est révolue où les olympiques dénigraient la course au large, l’époque est révolue où la voile spectacle ignorait royalement la voile olympique.

De nouvelles stratégies apparaissent… la proportion d’athlètes potentiellement olympiques qui « cachetonnent » au Tour de France ou sur les grands Multi nous renseignent sur l’orientation que semble prendre la PO préparatoire à Athènes. Les élites actuelles potentiellement sélectionnables semblent largement renouvelées, mais les cartes pourraient être distribuées à l’approche des sélections finales avec le retour de ceux que l’on pourrait appeler désormais les intermittents de la voile.


[1] Grand capitaine d’industrie, fondateur de CNN, mari de Jane Fonda, il remporta la Coupe de l’América en 1977 à la barre de Courageous. Il fut paradoxalement le dernier skipper amateur à la gagner !

[2] L’actuel souverain Roi d’Espagne, passionné de régates.

[3] Elle succédait à la fédération française de Yachting à voile (FFYV)…

[4] Irlinger P. Augustini M. Duret P. Louveau C. La vie après le sport. Rapport Eurathlon / INSEP, 1996.

[5] notamment de ceux réalisé dans le cadre du Groupe de Recherche sur le sport de haut niveau du CNRS (1992-1996) et de l’action programmée « Procope ».

[6]

Année

Nombre d’athlètes classés haut niveau

(élite, senior, jeune et reconversion)

Nombre d’athlètes inscrits en élite

Nombre d’athlètes inscrits en élite voile

1999

5991

952

24

[7] Yonnet, P. Systèmes des sports. Editions Gallimard. NRF. Bibliothèque des sciences humaines, 1998.

[8] Pociello C. Cultures sportives. PUF, 1995.

[9] Le Breton D. Passion du risque. Métaillé,

[10] C. Créach, M. Parratte, A. Sébileau. Pratiques et pratiquants de voile. L’Observation des sports de pleine nature : quelles méthodes, quels résultats ? Valence 2001. Actes à paraître.

[11] Pouvez vous citer le nom du seul double médaillé d’or olympique français dans ce sport ?

[12] Les derniers chiffres marquent un frémissement : les licences augmentent.

[13] Séminaire « Ethique, recherche et sports du particulier au général »

Virtuoses sportifs, conversion symbolique et conditions de choix.

[14] Suaud C. La vocation. Conversion et reconversion des prêtres ruraux. Les Editions de Minuit, 1978

[15] Bourdieu P. Passeron J.C. Les Héritiers. Les Editions de Minuit, 1964.

[16] Sur les 204 athlètes composant notre population, 136 ont rempli le questionnaire.

[17] 11 entretiens ont été menés. Les personnes interrogées avaient été choisies à partir de sociotypes repérés par les questionnaires.

[18] Bernard Lahire. L’homme pluriel. Nathan, 1998.

[19] Augustin J.P. Sport, Géographie, Aménagement. Nathan, 1995.

[20] « Les Français et les sports nautiques »,  Résultats et analyses de l’enquête menée par la SOFRES à l’occasion du 33° Salon Nautique International de Paris, Fédération des Industries Nautiques, novembre 1993.

[21] Mermet G. Francoscopie. Comment vivent les Français ? Larousse. 2002

[22] La pratique sportive en France, BVA, 1997

[23] Stat Info, n° 01-01, mars 2001, Ministère de la Jeunesse et des Sports

[24] Parratte M. Parcours sportifs et trajectoires professionnelles des athlètes de haut niveau en voile. La vie après l’olympisme : les conversions et reconversions des élites de la voile olympique dans les années 90. mémoire de DEA non publié, 2001.

[25] Déplacements communs, échanges matériels, compétitions longues quelquefois interrompues, etc.…

[26] Prenant du sens pour les seuls initiés.

[27] Halbwacks M. La mémoire collective. Paris, 1950.

[28] Préparation Olympique.

[29] Prénom déformé d’un autre ancien de la PO…

[30] Fédération internationale de Voile

[31] L’expression « Equipe de France » est très peu utilisée

[32] Ex-Athlète en dériveur, plusieurs participations aux Jeux en 20 ans d’olympisme

[33] Publié dans l’Expansion de mars 1998 sous la rubrique « Pas de panique ». Joël De Rosnay, frère d’Arnaud, Universitaire chargé actuellement de la stratégie et du développement à la Cité des Sciences et de l’Industrie à La Villette. Il a été entre autres choses, le premier champion de France de surf.

[34] Les STAPS.

[35]  Grégory Schneider, Libération, août 2001

[36] Pierre Bourdieu, l’Etat, l’économie et le sport, S et R, déc. 1998, pp 13-19

[37] Son retour a été fracassant : champion du monde de laser en septembre 2002.

[38] Ancien athlète sur dériveurs, âgé de 33 ans : « En France, on est plus branché Course au Large, Route du Rhum, truc comme çà ou Vendée Globe que la préparation olympique. Dans notre pays, ça va être çà, les Jeux Olympiques… les gens, ils ne connaissent que le vainqueur du Vendée Globe, ils connaissent le vainqueur du Figaro, le vainqueur de la Route du Rhum, mais… le vainqueur des Jeux Olympiques, le Français qui a gagné les Jeux Olympiques, ils ne le connaissent pas. Donc, c’est sûr que même çà.. .

[39] C. Créach, M. Parratte. Trajectoires professionnelles et socio-types des élites 1997. Monographie réalisée en 2001 pour l’Observatoire des Métiers du Sport et de l’Animation. Direction Emploi Formation du Ministère de la Jeunesse et des Sports.

[40] Jochen Schuman, 10 titres de champion du Monde, 4 médailles olympiques, dont 3 d’or, journal L’Equipe, 27 septembre 2000.

[41] Ex-DTN, Revue EPS, n°288, mars-avril 2001

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