Armstrong vu par…. Michel Caillat : l’acteur et le système

Armstrong participe largement à la mythologie sportive. Le sport étant une « fiction maîtresse » (le royaume des croyances), les amis de la petite reine font comme si les « performances inhumaines » de l’Américain étaient dues à un caractère hors du commun, à un travail dit exemplaire et à un mode de vie ascétique.

Lui faire jouer, après d’autres, le rôle de bouc émissaire serait innocenter le vrai responsable.

L’histoire montre qu’il ne suffit pas d’exclure les brebis galeuses et de remettre les fautifs dans le droit chemin pour que le sport retrouve ses vertus originelles (le mythe de l’Age d’or). Depuis plus d’un siècle, la récurrence des discours sur la violence, l’argent et le dopage dans le sport institutionnalisé prouve que l’immoralité n’est pas la cause des maux. Le mythe du sport perverti a la vie dure…

Armstrong est le modèle-type du sportif pris dans la course infernale du progrès sans fin et du rendement maximal. Le dopage est dangereux, mais le vrai danger est ailleurs, dans les structures mêmes d’un univers enchanté où toutes les opinions sont admises pourvu qu’elles ne portent pas atteinte à son existence.

L’idéal olympique et l’esprit sportif ne sont que des échafaudages idéologiques. Le sport n’a jamais été ce qu’il dit être et ses valeurs ont été instituées à partir d’un déni de réalité. En le présentant comme l’art d’appliquer au réel les idéaux de justice, de liberté, d’égalité, de fraternité, de loyauté, de bonne santé, on assure sans mal le consensus. Or ces idéaux ne sont pas « faux » mais illusoires, ce qui les rend socialement et politiquement efficaces. Séparés de leurs conditions sociales concrètes d’émergence – la compétition généralisée avec sa recherche continue du résultat -, ils servent à dissimuler un système qui les contredit. Armstrong est le symbole parfait d’une institution, l’institution sportive, qui est le principal obstacle à la réalisation des objectifs qu’elle cherche à atteindre.

Michel Caillat est auteur du livre Le Sport (coll. « Idées reçues », Le Cavalier bleu, 2002 ).

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