La voile comme passion ordinaire

Toutes voiles dehors, cap sur la rêve !
La navigation est (…) un exercice privilégié pour faire montre de ses qualités viriles
dans des situations dangereuses. C’est le cas lors des manoeuvres de port par fort vent. Le plaisancier peut, dans de telles circonstances, exhiber son savoir faire devant ses pairs et  aussi les badauds, alors qu’en mer son public est constitué des seuls équipiers. C’est aussi le moment où le chef peut afficher, non sans ostentation, son sang-froid et son sens de l’autorité.

L’entrée dans le port est, en effet, toujours l’occasion d’une grande activité ; il faut affaler et ferler (plier et attacher) ou ranger les voiles, préparer et fixer les amarres, fixer les pare battages pour protéger la coque, ranger le pont afin de pouvoir y circuler aisément, etc.
Dans le cas d’un couple, c’est l’homme qui est le plus souvent à la barre et, dans cette division sexuelle de l’activité, la femme s’occupe des amarres, prépare les pare battages et les fixe le long de la coque. C’est elle qui, dès que cela est possible, doit sauter à terre pour tenir l’avant du voilier après avoir fait le nécessaire pour éviter les heurts latéraux avec les voiliers déjà accostés ou encore le choc de la proue contre le ponton. Si le plaisancier ne maîtrise pas la manoeuvre, il se réfugie volontiers dans les injures comme pour dissimuler l’anxiété, la gêne, voire la honte, qu’il éprouve face au piètre spectacle qu’il donne à voir aux autres. Il arrive que le barreur s’acharne sur sa compagne ou sur ses équipiers, rejetant sur eux la responsabilité de la médiocrité de sa manoeuvre. En mer aussi, dans les moments difficiles, la panique peut poindre, mais là également les querelles sont le fait de mauvais marins vexés. Le bon skipper est celui qui parle peu, comme les marins en général, et qui, sans hausser le ton, très calmement, dirige sans heurt les opérations, donnant ainsi l’illusion qu’elle est naturelle. … Les conditions objectives légitiment des comportements d’autorité virile que seul le capital de confiance dont dispose le chef de bord permet d’accepter.

Ce petit extrait est tiré d’un ouvrage coordonné par Christian Bromberger, paru chez Hachette littératures en 1998 : Passions ordinaires.

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