Musculature et Management

Musculature et management,  ou de la capacité à faire corps avec ses équipes

Le management relève avant tout de la compréhension physique, de la capacité à faire corps avec ses équipes. Après seulement intervient la compréhension intellectuelle et la création de valeur et de performance durables. Cet article est issu de la revue du think tank Sport et Citoyenneté.

Parler musculature dans le domaine du management n’a évidemment pas à voir avec la musculature telle qu’entendue ordinairement. Parler musculature dans les entreprises, les organisations, c’est dire que les hommes et les femmes, ce sont d’abord des corps, des personnes qui agissent, des « je suis », des pétrisseurs, qui surpassent, comme l’a montré l’ergonome François Hubault, les analyses, les « je pense ». Tout autant, le management, parce qu’il est fait par des hommes, relève avant toute décision, avant toute action, de quelque chose qui a à voir avec la compréhension physique, la capacité à comprendre les choses, non pas de façon cartésienne, mais de façon subjective, avec le corps ! Cette capacité à comprendre physiquement, à faire corps avec ses équipes, l’organisation, l’entreprise, c’est cela que j’appelle la musculature physique du manageur.

Cette musculature, pour le manageur, est déterminante. C’est elle qui favorise la capacité :

– à être à l’écoute de ses réactions vis-à-vis des personnes qu’il dirige comme de lui-même ;

– à respecter les salariés, à supporter leurs désirs et affects ;

– à faire cadre, et ce n’est pas rien, avec l’érotisation qu’implique toute relation et tendre à travailler avec les personnes pour ce qu’elles font et non pour ce qu’elles sont.

« LA DIFFÉRENCE ENTRE UNE BONNE ÉQUIPE ET UNE GRANDE ÉQUIPE »

Après seulement intervient la compréhension intellectuelle. Une compréhension qui va traduire les points de vue subjectifs en points de vue objectifs. Fort de cette double musculature, il est possible pour le manageur de décliner une plus grande capacité encore, la capacité tout simplement à… faire du management, c’est-à-dire à décider et mettre en place des actions qui, réunies, ambitionnent de faire grandir, progresser et travailler ensemble des personnes pour créer de la valeur et de la performance durables. Les manageurs, pour faire du bon management, ont besoin de cette double compréhension physique et intellectuelle. Il faut donc leur proposer, comme il doit être proposé aux étudiants en management, des formations qui au-delà des théories et outils techniques qui seuls resteraient insuffisants intègrent ces deux types de musculature.

Pour ce qui est de la compréhension physique, il me semble indispensable de sortir de la salle de classe et passer sur le terrain. Celui de rugby par exemple. Comprendre physiquement, comme nous l’écrivions avec Jacques Delmas et François Leccia, comment atteindre l’excellence, ce qui fait la différence entre une bonne équipe et une grande équipe…  Pour ce qui est de la compréhension intellectuelle, l’analyse des grands textes peut aider à traduire en mots justes et parfaits la compréhension physique acquise sur le terrain. Comprendre par exemple, pour poursuivre sur ce qui fait la différence entre une bonne équipe et une grande équipe, comment nous sommes passés de L’Iliade dont le premier mot est la colère à L’Odyssée dont le premier mot est l’homme…

Par Loick Roche (Directeur adjoint de Grenoble École de Management)

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