Les métiers du sport, la grande inconnue

Des banquiers en boxeurs à Hong Kong. REUTERS/© Bobby Yip / Reuters

De nombreux travaux dont le Livre blanc sur le sport (2007) ont souligné la difficulté de rassembler des données fiables et consolidées au sujet de l’emploi sportif en Europe. Pourtant, disposer d’une bonne connaissance de la situation de l’emploi dans le secteur est essentiel pour appréhender les défis à relever, que ce soit du point de vue des qualifications attendues ou des formations à construire.

En fait, depuis l’étude Vocasport1 financée par la Commission et dirigée par l’Observatoire européen de l’emploi sportif (EOSE) en 2004, aucune autre tentative n’a été réalisée à cette échelle pour obtenir de tels renseignements. Nous restons ainsi sur l’énoncé de quelques ordres de grandeur. On estime, par exemple, que le poids du sport correspond à une valeur ajoutée de 407 milliards d’euros en 2004, soit 3,7 % du PIB de l’Union, qu’il représente 15 millions d’emplois, soit 5,4 % de la main-d’oeuvre. Par ailleurs, on considère que l’emploi dans le secteur du sport lui-même a connu un accroissement de près de 60 % en 10 ans, les effectifs de l’emploi sportif étant légèrement inférieurs au million de personnes. Pour quelles raisons la révision régulière de ces chiffres n’est pas une affaire aisée et quels ont été les travaux entrepris ?

DES LIMITES IMPRÉCISES

Le sport représente un secteur dont nous connaissons très mal les limites. Si une définition consensuelle permet d’intégrer un large ensemble d’activités physiques au sein du sport, sa délimitation à des fins de connaissance de l’emploi se heurte à bien des obstacles. La question de la définition du concept de sport a fait l’objet de tentatives théoriques et scientifiques qui ont toutes trouvé des limites dans l’usage qui pouvait en être fait. EOSE propose comme solution, depuis quelques années, d’utiliser le terme de « sport and active leisure » et de s’intéresser à des sous-secteurs qui possèdent des limites parfois mieux cernables. C’est ainsi que des travaux ont été menés sur le fitness ou sur des espaces plus restreints tels que le golf ou l’outdoor2 pour mieux maîtriser et contrôler les données.

Le champ du sport et des loisirs actifs relève de pratiques extrêmement diverses qui possèdent des histoires également très différentes. De l’athlétisme à la gymnastique volontaire en passant par le vol libre, le ski ou la randonnée, le secteur est un agrégat de disciplines plus ou moins instituées, régies par des pratiques, codes ou normes spécifiques. Par ailleurs, cet ensemble est d’une labilité élevée, puisque des pratiques apparaissent en permanence, se structurent ou non et se présentent ainsi comme un patchwork qui tend à échapper à toute classification stricte.

Enfin, des pratiques considérées comme identiques voient leurs usages souvent transformés ou détournés si bien que la discipline ne peut plus s’appréhender en dehors de ce que les pratiquants en font pendant une période de plus en plus courte. Le mode de pratique devient aussi déterminant que la pratique elle-même. L’escalade est ainsi devenue compétitive et des pratiques urbaines d’abord autonomes se trouvent intégrées dans les activités olympiques, par exemple le « half pipe ».

Saisir le secteur « Sport » est, de ce point de vue, une entreprise qui se heurte aux classifications et nomenclatures statistiques établies en d’autres époques ou pour des usages plus macroscopiques. Par exemple, les nomenclatures des activités de la Communauté européenne (codes NACE) ne nous permettent pas d’obtenir des données précises pour le secteur qui se retrouvent fragmentées au travers de plusieurs codes. Pour surmonter cette difficulté, EOSE a ainsi proposé une nomenclature plus spécifique (NEARS).

UN SECTEUR PROFESSIONNEL JEUNE ET MAL DÉFINI EN TERMES DE MÉTIERS

Le secteur du sport et des loisirs actifs garde profondément l’empreinte du bénévolat. Même si la situation évolue assez rapidement, cela signifie qu’une grande partie de l’activité échappe encore aux analyses menées en termes d’emploi. Nous évoquons ici non seulement les activités de l’encadrement sportif direct, mais également les activités de management et de direction des structures.

Par ailleurs, il reste toujours aussi difficile de déterminer clairement quels sont les métiers strictement sportifs et ceux qui y participent de façon plus éloignée. Ainsi, les activités physiques et sportives (APS) sont bien souvent un terrain d’exercice des métiers externes. Par exemple, un médecin du sport exerce d’abord un métier de médecin. Il en est de même pour les journalistes sportifs, les commerçants d’articles de sport et bien d’autres personnels du tourisme, de l’administration ou du technique. En 2004, Vocasport décrivait ainsi plusieurs sphères professionnelles avec un « amont » de la pratique sportive et un « aval » de cette même pratique.

Cette relation s’est probablement encore complexifiée depuis et c’est pourquoi il conviendrait d’en avoir une vue claire si nous voulons synthétiser des données d’emploi dans ce champ. Des travaux menés au sein d’EOSE ont visé notamment la possibilité d’enrichir et spécifier la nomenclature des métiers concernés par le secteur sport (NEORS)3 de façon à obtenir et mobiliser des données comparables.

DES STATUTS ET DES EMPLOIS TRÈS DIFFÉRENTS

Depuis le bénévole jusqu’au sportif professionnel, l’exercice des métiers et activités professionnelles du sport et des APS connaît une large diversité des structures et formes d’emploi. Ainsi, le sport est un fort usager des emplois occasionnels et saisonniers qui se prêtent difficilement au dénombrement.
Nous y connaissons ensuite des phénomènes importants de sous-traitance. Par exemple, la restauration, les transports ou l’hôtellerie apparaissent rarement comme des emplois appartenant au secteur car les entreprises du sport utilisent les services d’autres entreprises extérieures au secteur.

Enfin, le sport obéit à des rythmes saisonniers et privilégie ainsi le recours au temps partiel et la pluriactivité. Cela signifie que les métiers sportifs sont exercés par des personnes qui relèvent d’autres situations professionnelles à d’autres moments de la journée, de la semaine ou de l’année. Il est alors difficile d’établir les effectifs réels de beaucoup de ces emplois sans risquer des erreurs importantes.

DES VARIATIONS TRÈS IMPORTANTES ENTRE LES PAYS

L’ensemble des remarques proposées ici prend une importance toute particulière quand nous considérons, en plus, les variations entre les 27 Etats de l’Union, voire entre les régions de certains d’entre eux. Cela expose largement les recherches à de nombreuses incertitudes dues aux différents contextes. En effet, les métiers font l’objet d’appellations très diverses au plan européen. Le travail est donc d’abord interprétatif avant de devenir statistique. Il peut être alors tentant de vouloir identifier les ordres de grandeur en additionnant les effectifs d’unités semblables au sein des différents pays. Mais on se retrouve face au risque de surestimation.

Toutes ces difficultés évoquées ne constituent pas des obstacles insurmontables à la construction d’une vue d’ensemble du secteur« Sport » en Europe. Paradoxalement, elles mettent en relief le mérite de l’étude Vocasport. Mais elles mettent en évidence la nature des difficultés à résoudre pour mieux connaître ce secteur, afin d’affirmer son identité et ainsi de favoriser une meilleure connaissance mutuelle et une mobilité professionnelle au sein de l’Europe.

Sport et Citoyenneté Jean Louis Gouju, Patrick Mignon, Aurélien Favre, de l’Observatoire européen de l’emploi sportif (EOSE)

1 Vocasport « Vocational Education and Training related to Sports in Europe: situation, trends and perspectives » Projet Européen conduit par une équipe composé d’EOSE, ENSSEE and EZUS Lyon et financé par la Commission européenne (DG Education et Culture, Contrat n°2003-4463/001-001)
2 CLO2 Professionalising training and mobility for Outdoor animators in Europe bridging the gap between sector Competences & Learning Outcomes
« Nomenclature satellite des professions du sport et en relation avec le sport «  (NEORS) élaborée avec l’aide et le soutien d’Eurostat et de l’Insee.

Source : Le Monde du jour

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