Formations du sport : Indignons nous !

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Patrick Bayeux, se fâche dans la lettre du sport

Dans le dédale des formations pour les métiers du sport, il est, comme tant d’autres perplexe, voire perdu. Il n’est hélas, pas le seul !

Les grands perdants dans  cette affaire, se demande-t-il, ne sont-ils pas celles et ceux qui envisagent de s’engager dans un métier qui couvre un bien large champ ?

Hormis quelques ultras spécialistes, plus personne ne comprend rien au maquis des formations et des diplômes aux métiers du sport. Entre l’éducation nationale et la jeunesse et sports qui se font la guerre depuis 30 ans, les fédérations sportives avec des brevets et des titres, les partenaires sociaux avec des certificats, qui jouent les troubles faits qui aura le courage de siffler la fin de la partie ?

Difficile de désigner le vainqueur de cette confrontation stérile qui au final nuit aux diplômés et aux employeurs tellement l’offre de formation s’est complexifiée et est devenue illisible voire inadaptée aux besoins. Les tables rondes de 97, les rapports de Jean Camy (2002) et Jean Bertsch (2008) ont tous réaffirmé le même diagnostic et rien n’y fait. Chacun cultive son territoire et sa chapelle. Le ministère des sports regarde du coté des règlements toujours plus nombreux qui en font un véritable camp retranché, les Staps restent obnubilés par leur place académique dans l’Université. Et au milieu, les usagers ne s’y retrouvent plus… il y a de quoi s’indigner !

Considérons qu’il y a 1 partout (ou 65 partout tellement la course est à la multiplication des diplômes titres et autres CQP) et qu’on siffle aujourd’hui la fin de la première mi-temps.

Pour engager la seconde mi temps il faut toutefois définir de nouvelles règles à partir d’un constat porté sur les formations STAPS et sur les formations JS.

La diversification des formations STAPS à partir des années 80 a donné naissance à des diplômes professionnels dont on peut constater qu’ils pourraient être mieux adaptés aux réalités de l’emploi.

– Mieux adaptés quant à leur niveau de délivrance par rapport aux besoins des employeurs et à leur incapacité à rémunérer des sur diplômés. Le niveau 2 (Licence) reste un niveau où peu d’emplois sont offerts. Pourquoi alors aller encore plus loin en favorisant l’accès à des masters (niveau 1) qui proposent encore moins d’emplois, hormis l’enseignement ?

– Mieux adaptés quant à leur contenu. En cherchant à répondre à deux logiques : d’une part la recherche et d’autre part la professionnalisation, sans jamais réussir à faire de choix les STAPS ont produit des générations de diplômés qui ne sont ni des chercheurs, ni des personnes parfaitement adaptées aux réalités de l’emploi. Résultat les STAPS sont aujourd’hui challengés voire dépassés par les IAE ou les écoles de commerce sur le management, par les spécialistes de la santé sur les formations APA ou entrainement….. En plus la filière STAPS rechigne à valoriser ses diplômes professionnels et continue à sélectionner sur des critères académiques.
– Mieux adaptés quant à la réalité de l’emploi. Les STAPS se sont développés sur une logique de proximité des formations. Mais comment imaginer que l’on puisse former à très haut niveau dans tous les secteurs professionnels et partout en France ?
Du coté jeunesse et sports, la traduction de la réforme de la formation professionnelle a donné naissance à la CPC des métiers du sport et de l’animation et à une vaste réforme des diplômes. Exit les BEES, les brevets fédéraux, place aux brevets professionnels ( BP), aux diplômes d’Etat (DE) et diplômes d’Etat supérieur (DES). Jeunesse et sports a joué sa survie et a inondé le marché de certifications. « Il faut faire tourner la machine ». Concrètement, ce ministère émet des diplômes et s’appuie sur des opérateurs de formations privés plus que sur les CREPS pour former à ses propres diplômes. Résultat une offre de formation dictée par différents lobbies, (les fédérations, les formateurs, les organismes de formation ) et donc très chère (Plus de 8000 euros pour un BP…) mais surtout, une offre de formation non construite à partir de la carte des emplois (« ouvrir à tout prix peu importe les besoins » telle est la devise ! ) . On compte plus d’une vingtaine de ! BP (niveau IV) certains comportent une douzaine d’unités capitalisables complémentaires et autant de certificats de spécialisation ! A qui profite cette pétaudière ? Pas au personnel du ministère des sports en tout cas. Le ministère est passé d’un service public de formation à un service public de certification.
En effet à l’exception de quelques professeurs de sports (qui résistent !) dans les CREPS et continuent à pratiquer le face à face pédagogique, dans le meilleur des cas les professeurs et inspecteurs font de l’ingénierie de formation mais le plus souvent se contentent de tout sous traiter (y compris sur les activités à environnement spécifique ! ) et de certifier à la chaine. Et la tendance n’est pas à la raison…  la capacité de création de nouveau BP, DE, DES semble infinie jusqu’à très récemment la création d’un DES de directeur de structure (clubs équipements ) par un CREPS.

Dernier constat sur l’évolution de la réglementation relative à l’encadrement des APS (même si les métiers du sport ne se limitent pas au seul face à face pédagogique) qui est le miroir de la formation. On ne peut que déplorer la sur abondance de réglementation, (dans un souci peut être lié au renforcement de la sécurité), qui au final a largement freiné les initiatives locales qu’il s’agisse des sorties scolaires, des pratiques physiques dans les centres de vacances, .. voire même de l’encadrement bénévole. La réglementation reste une arme de protection illusoire d’un marché sous la pression des lobbies. Du stand up paddle à la Zumba, toutes les nouvelles pratiques génèrent presque instantanément une réglementation….

Ultime paradoxe et conséquence de cette dérive, les emplois d’avenir risquent de se transformer en formations d’avenir. Ces emplois réservés aux jeunes de 16 25 ans peu ou pas qualifiés n’ont aucun avenir dans le sport sauf à intégrer immédiatement une formation puisqu’ils ne peuvent travailler dans ce secteur sans un diplôme. On imagine bien un jeune en situation d’échec scolaire à qui on va faire signer un emploi sous réserve qu’il passe une formation un BP bien sur d’au mois 1200 heures ! On peut d’ores et déjà parier que cela va se transformer en un marché juteux de la préformation pour les opérateurs qui se saisiront de cette opportunité

Fort de ce constat qui mériterait je vous l’accorde quelques nuances voici nos propositions.

1 – accélérer la création des CQP (en remplacement des diplômes fédéraux historiques) pour fluidifier le recrutement dans les clubs et les structures saisonnières notamment. Cela correspond à de vrais besoins non satisfaits sur des temps partiels ou très partiels, des emplois occasionnels ou saisonniers uniquement.
2 – Penser une vraie formation initiale professionnelle. 140000 jeunes sortent des lycées sans qualification. Et il faut attendre qu’ils soient bien en échec pour les reprendre via des dispositifs et des diplômes incroyablement couteux pour la collectivité. Pourquoi un bac sport ne permettrait il pas d’encadrer les APS et d’aller chercher de vrais emplois, tout en résorbant les sorties précoces du système ? Cela couterait moins cher, éviterait à certains d’aller à l’échec dans la filière STAPS toujours plus sélective et leur permettrait de revenir plus tard éventuellement vers des formations de plus haut niveau.

3- Fusionner les référentiels de formations professionnelles de niveau III et II délivrées aujourd’hui par Jeunesse et Sports d’une part et l’Education Nationale d’autre part. Cela mettrait fin à la double certification et chacun saurait qu’il dispose des mêmes compétences quel que soit le diplôme ; Il faut absolument que le système puisse fonctionner sur le mode Une formation, un diplôme, un emploi.

4 – Intégrer totalement les logiques d’alternance et de formation continue. Les publics en formation et les trajectoires sont déjà très différentes. Pensons alors d’abord à coordonner le système via ces logiques plutôt que de cultiver les différences et la complexification.
5 – Renforcer la filière universitaire sur la logique de recherche et sur ce sujet on laissera aux éminents professeurs qui siègent à l’AERES (structure très largement contestées aujourd’hui ! [cf l’article du Monde]) le soin de dire si les STAPS sont une science ou plus modestement si le sport est un champ d’application d’autres sciences ou disciplines, la médecine, les sciences sociales, les sciences de gestion, l’architecture l’urbanisme, ….

Quant aux acteurs ils semblent assez naturel que les CQP soient pris en charge par les partenaires sociaux et les fédérations, la filière académique universitaire par les universitaires et le reste des formations par un service public de formation aux métiers du sport renouvelé coordonné par des référentiels identiques.
Sur ces bases nous pensons que nous pouvons siffler le début de la seconde mi temps. Seconde mi temps qui doit en premier lieu être destinée jeunes aux emplois et à l’intérêt public mais la pause entre les deux mi temps risque d’être longue.

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